Courant après le Lapin Blanc, Alice tombe dans un terrier. Elle aurait pu se noyer dans ses larmes ou dans les pièges tendus. Elle refuse, et une fois sortie n’a de cesse de questionner le miroir pour aller de l’autre côté, récusant que « tout la ramenât à la triste réalité. »
Tout comme Alice, Anne de la Salle (sa cousine peut-être ?), refuse le reflet du miroir, que ce soit celui de l’opinion, de la presse, des magazines dits « féminins »; elle rejette les explications trop simplistes, les carcans où l’on enferme l’image des femmes, où on la modèle, la définit dans du « marbre » de pacotille. « Poupée de cire, poupée de son » écrivait Serge Gainsbourg pour France Gall!
Anne de la Salle, elle, ne veut pas aller de l’autre côté du miroir. Ce miroir est une chaîne.
Aussi, à la différence d’Alice, elle brise le miroir, cette « bulle » où l’on enferme les « poupées », même si c’est au prix de larmes de sang qu’elle doit le faire.
Là est le prix qu’il faut mettre pour sortir de la prison, qu’elle soit ring, chambre, serre (où les femmes/belles plantes sont cultivées comme des fleurs d’appartement).
Elle coupe les fils de la marionnette, elle veut marcher sur la mer, ne pas s’y noyer. Elle crie silencieusement, enchaînée, ensablée sous le regard (ailleurs) de Freud. Si des dandys s’en emparent comme d’une balle de tennis, elle crie « au secours » dans le silence des bourgeois (de Magritte), indifférents aux femmes que l’on jette à la bannette ou que l’on enferme dans une spirale sans issue.
Alors Anne de la Salle se révolte, découpe avec minutie les magazines, les images convenues, stéréotypées. Elle s’en empare pour les remodeler, les recomposer, les annihiler, pour nous en faire sentir le misérabilisme, la pauvreté de la représentation.
Avec, elle compose des collages qui nous prennent au cœur et aux tripes, nous invitent à refuser, à se révolter.
Aussi lorsque dans son « Autoportrait », un bras se lève de la mer nous ne pouvons y voir que le poing de sa colère.
Charles Soubeyran